La crise du solaire allemand

Après un début florissant, l’Allemagne doit faire face aujourd’hui à la crise de l’industrie du photovoltaïque. L’effondrement des prix des panneaux du à la surproduction et la concurrence internationale ont provoqué la faillite de plusieurs entreprises, dont le leader mondial QCell. De son côté, le gouvernement a opté pour l’arrêt des subventions afin d’éviter l’explosion des coûts pour lesconsommateurs. Pour surpasser la crise, le secteur doit rapidement s’adapter à la situation et trouver de nouveaux moyens pour rebondir.

Fin du « miracle solaire » allemandCrise photovoltaïque allemand

En février dernier, le gouvernement allemand annonçait la baisse des tarifs de rachat de l’électricité photovoltaïque, prévue initialement pour juillet 2012. Une décision qui met fin à une politique volontariste en faveur des énergies renouvelables (EEG). La loi votée en 2000, qui garantissait des tarifs de rachat sur 20 ans, avait permis l’épanouissement de l’industrie, faisant de l’Allemagne un des leaders mondial de la production d’électricité photovoltaïque.

Cette décision du gouvernement vise à mettre un frein au boom des installations des panneaux photovoltaïques qui causerait une explosion des coûts pour les consommateurs. Selon la RWI (l’institut de recherche pro-industrie allemand), le coût cumulé du soutien au photovoltaïque aurait déjà dépassé les 100 milliards d’euros en 2011 ! Avec la nouvelle restriction, le prix payé aux propriétaires des panneaux photovoltaïques diminue de 30 %, selon le type d’installations.

Ce que l’on appelait le « miracle solaire » allemand vire donc au cauchemar. Pour les entreprises, ce retrait des subventions s’ajoute à une très forte concurrence internationale et à la surproduction de panneaux solaires à l’échelle mondiale. En effet, la production de modules photovoltaïques ne s’élevait qu’à 21 GW fin 2011, alors que la capacité annuelle était de 50 GW. Les producteurs, victimes de leur optimisme et de la spéculation, ont vu cet écart faire chuter le prix des panneaux de moitié !

Résultat, plusieurs fleurons allemands ont du mettre la clé sous la porte, tels que Solon, Solar Millenium, Solarhybrid ou QCell. Cet ex-leader mondial de la fabrication de cellules photovoltaïques a déposé le bilan le 2 avril dernier après avoir déclaré des pertes de 846 millions d’euros.

Les subventions font exploser les coûts

L’impact des subventions a été mal évalué dès le départ selon les analystes et le résultat se solde par un surcoût pour les consommateurs. Mais selon les industriels, la nouvelle politique gouvernementale risque de mettre en péril des milliers d’emplois dans le secteur. De plus, la concurrence internationale devient difficile, notamment avec une Chine hyper compétitive.

Selon le professeur Eicke Weber, directeur du Fraunhofer Institute for Solar Energy, « l’Allemagne a une capacité de production de 3 GW par an. La Chine à elle seule a une capacité de production de 30 GW par an… Dans ce marché, seul le système avec les prix les plus bas peut être compétitif, et l’industrie allemande a de grosses difficultés à l’être. Le gouvernement chinois a mis à la disposition des investisseurs des crédits très conséquents avec des taux d’intérêt très bas. L’industrie allemande n’a pas pu suivre. Les fabricants allemands fournissent la moitié des équipements mondiaux. Mais nous n’avons pas les mêmes capacités d’investissement ».

Surmonter la crise

Selon Matthias Fawer, directeur Investissement durable à la banque allemande Sarasin, l’innovation pourra sauver cette jeune industrie allemande du déclin. « Les panneaux solaires deviennent une commodité, et (leur production) migre vers les pays à bas coûts, les pays émergents en particulier. Il est difficile d’être compétitif sur des produits à bas coûts. La manière d’échapper à cette concurrence des prix est de se spécialiser d’une manière ou d’une autre sur un produit premium ou de niche. Pour être compétitif, il faut mettre de l’argent dans la recherche, investir sur les prochaines générations technologiques ». À cela, il faudrait ajouter le soutien des politiques en matière d’offre et d’investissement. En réunissant ces conditions, l’industrie du photovoltaïque allemand pourra surmonter la crise et revenir à sa position de leader.